Sainteul de A à Z

Tentatives d'artistes. Genèse.

24 juin 2008

Ouf !

Ouf ! Mon labeur de moine copiste est terminé. Répétitif et pas très intéressant, il est vrai, mais le résultat final, lui, me plaît bien. C’est bien ce que je voyais. C’est donc quasiment terminé. Pas besoin de signer la toile. Mon nom est inscrit à l’intérieur du texte dans une teinte légèrement plus rouge (Je vous laisse chercher…).

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Il est hors question de la vernir tout de suite. Pour la bonne raison que je vais certainement user la texture du parchemin lorsque la surface en sera parfaitement dure. Et surtout, selon un bon vieil adage du métier de peintre, il faut que la couche picturale voie défiler les quatre saisons (un an donc) avant de recevoir sa couche de vernis final. C’est un délai nécessaire pour que l’huile siccative à cœur en présence de l’oxygène de l’air avant de l’isoler totalement. De plus le vernis n'en sera que plus agréable à étendre.
En attendant, elle rejoint l’"exposition-séchoir " où l’attendent ses copines. Sur ma table d’architecte une toile vierge est déjà tendue et prête à recevoir mes prochains coups de crayon.

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18 mai 2008

Dactylographie.

Il m’a fallu patienter (et vous aussi, donc) pour pouvoir passer à l’étape suivante. A savoir, l’ajout du texte.

ES13Premier problème, après avoir imprimé le texte à partir d’un logiciel de traitement de texte et vouloir le transférer sur la surface de la toile à l’aide d’un bon vieux papier carbone, je m’aperçois avec dépit que le carbone ne veut pas laisser d’empreinte sur la surface glacée par l’huile. Et différents essais seront également voués à l’échec. Je commence à envisager une longue et pénible mise en place de lettrine par traçage lorsque je me souviens que quand je pratiquais le tatouage j’utilisais un papier hectographique pour transférer sur la peau les motifs que j’avais dessinés. Un carbone qui laisse une marque net sur une surface légèrement mouillée d’alcool. Eurêka, j’ai la solution ! Je barbouille la surface de la toile avec de l’alcool industriel. Il me faut faire très attention car l’alcool à tendance à remettre en solution les résines de la peinture, même très dure. J’applique les premières lignes et, miracle, la magie s’opère. Les lettres se transfèrent parfaitement. Ouf, je viens de m’épargner des heures d’un travaille laborieux.

Je prépare une couleur à base de violet, de noir et de jaune pour retrouver la teinte des encres d’antan. Un pinceau à lettre. Et me voici parti à faire mes lignes avec l’application d’un écolier.

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22 avril 2008

G.B.D.

Le personnage est donc maintenant terminé et la couche picturale parfaitement durcie. L’ajout d’un peu de médium 083 Talens a contribué à la rendre très résistante. Et il faudra bien çà, vu le traitement que je vais lui faire subir. Une couche de vernis à retoucher et c’est parti.

ES11Enfin un peu de couleur ! Une couleur bleue en l’occurrence. C’est quasiment la complémentaire de la gamme employée pour le sujet principal. Ce qui va lui donner toute sa puissance. Je l’applique grassement et en frotte la surface dans le sens prédéterminé par mon dessin initial. J’essuie à la térébenthine pure les endroits que je veux récupérer. C’est un moment critique pour l’œuvre et un test impitoyable pour la qualité de mon travail. Avec le risque de voir tant d’heures d’effort vouées à la dissolution. Mais non, tout ce passe bien ! Je réalise dans un même temps les coulures de peintures bleues qui viennent strier la toile. Ici il suffit de fluidifier la peinture , de laisser faire la gravité et une part de hasard qui fait que les coulures vont dégouliner au bon endroit. Sur ma palette je me limite à trois tons de bleus le mélange se fera aléatoirement dans le frais, créant ainsi une myriade de notes bleutées. Il me faut trois séances pour terminer cette étape. La toile va maintenant rejoindre le "séchoir" (Ma salle d’exposition ouverte au public des œuvres en cours de réalisation ou en attente de vernissage).

Elle n’est pas terminée pour autant. N’oublions pas qu’elle s’appelle "Palimpseste " et qu’il y a donc du texte à ajouter à sa surface. Je vais faire appelle à ma plus belle plume pour me concocter un texte en rapport.

ES12

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31 mars 2008

Fragment.

Chaque intervention supplémentaire sur une œuvre nécessite également un effort supplémentaire pour sa réalisation. Plus de modelé, plus de détails un ajout et un rendu plus fin des tonalités. Ainsi j’aurais très bien pu m’arrêter à l’étape précédente, l’œuvre aurait été acceptable pour la majorité des observateurs. Toutefois, je veux aller à un traitement presque hyperréaliste de cette partie de l’œuvre.
Pour cela il faut commencer par changer d’outils. J’ai appliqué la première couche avec des brosses dures usée presque en fin de vie. Je vais continuer le travail avec des brosses neuves, de la martre rouge à la fleur dite "usée bombée ". Le médium utilisé est le même que la première couche, il est simplement plus gras, donc moins dilué à la térébenthine et un peu plus chargé en huile d’œillette. (Je n’utilise quasiment jamais d’huile de lin qui poisse rapidement et qui glace trop les surfaces). J’ajoute à mes tons de base du carmin à la place de la laque de garance et du bleu outremer clair. La pâte, très onctueuse, s’étale très facilement si ont à pris soin de mouiller la toile avec du vernis à retoucher dilué. Je peux ainsi travailler de nombreuses heures sans que la surface ne devienne collante. Par contre lorsque j’aurais cessé de la triturer l’effet thixotrope de l’huile d’œillette et la très petite quantité de vernis à retoucher qui s’est additionné au mélange la fera prendre très vite et elle sera presque sèche au doigt le lendemain matin et totalement sèche le surlendemain, par contre elle ne sera pas dure, donc a manier avec précaution. Mais comme je n’ai pas l’intention de me lancer dans une troisième couche cela n’a pas beaucoup d’importance.

ES9

Les deux photos présentées ici permettent d’appréhender le travail effectué. Les coups de pinceaux ont quasiment disparu, les tons sont plus riches et variés, les lumières froides de la joue gauche et chaudes du reste du visage parfaitement distinguées ce qui va accroître la présence des formes, des volumes. Des détails sont ajoutés comme les ombres portées des cheveux sur le visage et leurs reflets dans les yeux en prévision du placement des mèches de cheveux qui encadrent le front et les cotés du visage et seront peints ultérieurement. La photo, presque grandeur nature, ci dessous, donne une idée de ces détails et de leur traitement.

ES10

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05 mars 2008

Schtroumpfette.

ES7Non ce n’est pas la Schtroumpfette de Peyo en train de se maquiller !
Ce chapitre répond à Artémiz sur le bonheur du modèle a intervenir sur une œuvre la représentant. ;-) En sachant que la peinture à l’huile comme maquillage on peut vraiment trouver mieux. C’est vraiment waterproof et il faut attendre que la peau tombe pour s’en débarrasser totalement ! Mais je dois rendre ici hommage au courage de cette Schtroumpfette et à son abnégation.
Un petit sacrifice pour l’Art en quelque sorte !

Plus sérieusement, il est vrai qu’il n’est pas facile pour elle de " salir " une esquisse aussi belle. Mais elle sait que cette intervention est nécessaire pour justement donner plus de vie à ce qui serait sinon qu’une simple peinture. Et comme c’est également une Artiste en plus d’être modèle, une fois qu’elle a commencée, on peut plus l’arrêter !

ES8

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Palimpseste.

ES6Le sujet principal est fait. Je matérialise maintenant la surface de la toile avec un mélange de Terre d’Ombre Brûlée et de Sienne Naturelle. Des touches de brosses croisées me permettent de créer une surface accidentée mais toutefois uniforme qui ressemble un peu à la surface d’un parchemin. La création de cette surface et une petite réflexion personnelle m’incite à prévoir un ajout et a un changement d’orientation pour le titre de l’œuvre. Elle s’intitulera " Palimpseste " à l’instar de ces vélins manuscrits qui retrouvaient une deuxième vie, après en avoir gratté la surface pour en faire disparaître les écrits. Des écrits qui continuent à transparaître en filigrane sous l’encre fraîche des nouveaux textes.C’est une première évocation à l’huile d’un de mes " Palimpsestes ". J’ai déjà réalisé de nombreux palimpsestes sur papier, mais dans un cadre qui dépasse les propos de ce blog.

ES5

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22 février 2008

Essuyage

Et bien en fin de compte je suis pressé ! Apres avoir souligné les traces d’essuyages au crayon je fixe l’esquisse avec un jus de médium acrylique. Je fais fi de l’esquisse colorée et empâte directement la toile avec des tons de base ; TOB, Blanc de titane, Laque de garance, bleu outremer et noir d’ivoire. Comme à mon habitude je commence par le visage. Surtout ne pas perdre l’expression. Je sais que je ne vais pas passer beaucoup de couches de peinture deux tout au plus, peut être trois par endroits. Je me permets donc de travailler assez gras dès le début. Une pâte épaisse donc, allongée d’essence d’œillette pour en augmenter l’onctuosité, modelé avec des brosses dures et usées.

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L’instant des premières touches colorées posées sur la toile est toujours pour moi un moment un peu angoissant. Il faut attendre que prenne forme les premiers modelés pour que je sois rassuré et que la tension se relâche. A partir de là, cela avance vite. En fin de séance je dilue fortement à l’essence de pétrole un reste de bleu et de noir de ma palette pour brouiller le blanc de la toile, boucher le fond et esquisser les traces d’essuyage. Les noirs mats sont plus profond que les noirs brillants et le fait de diluer à l’essence supprime les possibles embus brillants sur mon fond que je veux éloigner le plus possible (d’où également l’usage du bleu outremer mêlé au noir).

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19 février 2008

Premières lignes.

Je m’attaque directement à la mise en place du sujet principal.
ES1Dans mon idée, seule la partie supérieure du corps sera nette. Je concentre donc mes efforts sur le visage et les deux mains balayant la surface de la toile qui seront les parties les plus proches de nous. L’expression du visage doit être à la fois empreinte de curiosité et de méfiance. A travers la surface de la toile qu’elle essuie. La jeune femme observe notre monde et s’en étonne. Et ce doit être avec le même étonnement que nous la voyons se découvrir. Là encore la toile est pour moi un lieu de passage entre deux univers, une frontière infranchissable. Enfin presque !
L’esquisse est réalisée grandeur nature, d’abord au fusain puis au crayon de bois 2B. Le modèle m’a laissé une empreinte de ses mains pour que je puisse me régler dessus. Un hachurage léger modelé au doigt me permet de placer les ombres Cette fois je prévois une première couche colorée à l’acrylique ou à l’aquarelle, je n’ai pas encore décidé. L’aquarelle me permettrait une rectification aisée et de garder l’esprit de l’étude initiale. Mais il faudra pour cela que j’assèche la toile de la graisse laissée par le travail au crayon de graphite.

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12 février 2008

A la lisière.

Bien, il est temps de s'y remettre. Comme je l'avais prévu, je commence donc par travailler sur la prochaine toile. Je la veux moins formelle que la précédente. Plus enlevée.

Pour cela, je prépare une esquisse colorée pour appuyer mon thème. Je travaille sur la surface et sur l'implication du modèle dans mon œuvre et je ne vais pas déroger à la règle pour celle ci.
Pour cette esquisse sur laquelle je m'appuierais pour l'œuvre à l'huile, je commence par tendre une feuille de papier de fort grammage et de grande dimension comme je le ferais pour une aquarelle. Cette feuille sera badigeonnée d'eau, de pigments (des ocres et des bleus) sans aucun liant, ce qui va conférer à la surface une très grande fragilité. A partir des photos d'une séance de pose je dessine à la pierre noire la silhouette de la jeune fille à taille réelle en train d'essuyer la surface du tableau. Le trait doit être précis et sans repentir le gommage sur cette surface pulvérulente est impossible. Cela l'abimerais irrémédiablement.

LF1

Le modèle intervient directement sur la surface pour en simuler les traînées d'essuyage. Tout en respectant le placement des mains que j'ai initialement esquissées. Pour cela il suffit qu'elle trempe ses mains dans l'eau et qu'elle suive le mouvement naturel d'essuyage, entraînant ainsi les pigments sur sont passage et provoquant les traces désirées qui brouillent même l'esquisse de pierre noire.

Pour gagner du temps et éviter que les coulures n'évoluent trop et se diluent, je fixe le tout au sèche-cheveux et reprends immédiatement l'esquisse a la pierre noire à laquelle j'ajoute maintenant de la craie blanche pour renforcer les contrastes.

Je suis satisfait du résultat. Je vois bien maintenant comment peut se faire l'œuvre finale.
Y a plus K !

LF2

LF3

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25 janvier 2008

Etat d'urgence.

Méfiez-vous des étudiantes en art. Elles peuvent débouler dans l'atelier avec les bras chargés de poupées de chiffon et de plastique, d'une machine à faire la chair à saucisses, du ketchup, un paquet de viande fraîche et vous regarder d'un air suppliant.
-
Vite il faut que tu m'aides ! J'ai un TP. Il me faut une scène d'angoisse, horrible, la panique quoi !
Dit-elle en déposant son bric-à-brac sur une table, l'air décidé.
-
Pour quand ?
Demandai-je … Naïf !
- Ba
h !… Ben ! Pour tout de suite ! C'est pour dans la semaine !
Bon ! Avec Maeva j'ai l'habitude de travailler dans l'urgence. C'est même souvent galvanisant. J'ai un souvenir mémorable d'un book à constituer qui devait partir le jour même avant la fermeture de la poste. Le tout a été bouclé en trois quarts d'heure chrono.
Cette fois c'est moins urgent. Je dispose le fond, une toile abstraite à la Sonia Delaunay qui traîne dans un coin, Une chaise de bar. Je baisse les lumières, ferme les rideaux, et dispose un éclairage tungstène en contre plongé pour un éclairage angoissant. Maeva à revêtu un vieux tee-shirt que l'on va pouvoir maculer de ketchup, les poupées vont passer un sale quart d'heure…
Et voilà, les premiers shoots donne immédiatement satisfaction. C'est toujours payant de travailler dans l'urgence. Maintenant, a savoir si c'est de l'Art ? En tout cas il y avait du cochon partout dans l'atelier, et on s'est bien amusé.

fabrique

Posté par marc_sainteul à 09:19 - De l'Art ou du Cochon ? - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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